Terreur nocturne, par Bibiche and the Spiders.

Nous avons tous déjà fait l’expérience de cet état de semi-conscience où, oscillant entre sommeil et éveil, notre cerveau perçoit et interprète les bruits de manière bien singulière. C’est à ce moment précis où, encore plongée dans un rêve dont la substance m’échappe désormais, une sorte de bourdonnement sourd et régulier vient progressivement m’extraire de ma torpeur.

J’ouvre un oeil, il fait nuit noire. Je regarde le réveil, 4h23. Mon cerveau parvient enfin à discerner le rêve de la réalité, et je réalise que ce bruit inhabituel à cette heure indue est celui de l’aspirateur. Puis soudain, un cri aigu perce la nuit, puis des pas pressés se rapprochent de ma chambre.
« Je t’en supplie, viens m’aider. »
Pas besoin d’en dire plus. J’ai compris la situation.

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J’ouvre le deuxième œil. Bibiche est assis au bord du lit et me secoue vigoureusement l’épaule.

«Y’a une grosse araignée dans les escaliers. J’ai essayé de l’aspirer mais elle a résisté et maintenant je ne la vois plus » m’avoue-t-il d’une voix vacillant entre l’incrédulité et la panique. «Tu peux venir ? Je sais que je vais me retrouver sur ton blog demain mais tant pis, s’il te plaît, lève toi !»

En bougonnant (je ne suis pas très aimable au réveil. Mes enfants m’appellent affectueusement Petit Ours Brun) je me frotte les yeux et pose un pied hors du lit.

«File moi mes crocs», dis-je d’un ton résigné mais terre à terre. J’ai beau ne pas souffrir de phobie tétanisante comme mon courageux mari, je n’ai pas vraiment envie de laisser la bestiole jouer à saute-moutons avec mes orteils pour autant.

«Pis d’ailleurs, qu’est ce que tu fous à chasser les araignées au milieu de la nuit ?»

«Je me suis levé pour aller doucher le lardon qui a chié aux culottes. J’ai vu l’araignée en redescendant. J’ai essayé de la négocier tout seul mais je te jure qu’elle a résisté à l’aspirateur.»

J’ai ravalé ma bile. Il n’est peut être pas très téméraire, mais il faut bien avouer que c’est lui qui gère les soucis nocturnes de nos lardons la plupart du temps. Ils savent bien qu’une fois que Petit Ours Brun a sombré il n’y a plus rien à en tirer : ils appellent papa.

Je me suis donc levée sans ronchonner davantage.

J’ai regardé dans les escaliers, rien.

J’ai regardé en dessous des escaliers à la lampe de poche (ce qui tire bien sur les yeux et sur la gueule en plein milieu de la nuit) : rien.

Bibiche me regardait faire depuis l’autre bout de la pièce, prêt à sauter sur une chaise si toutefois l’araignée décidait tout à coup de se venger de sa tentative d’assassinat en lui sautant dessus la bave aux lèvres.

Il fallait impérativement que je trouve cette putain d’araignée sinon il n’allait pas en dormir de la nuit.

Quelle vie de merde.

J’ai donc regardé à nouveau dans les escaliers (qui, malheur, sont couleur araignée) et, l’oeil un peu plus vif, j’ai repéré la bestiole au coin d’une marche.

Je vous la fait courte : je l’ai aspirée et je suis retournée me coucher.

«Tu éteins l’aspirateur? Mais si elle en ressort?» s’épouvante Bibiche, toujours prostré dans son coin, lorgnant sur l’aspirateur comme s’il contenait un essaim de frelons asiatiques, une bombe à retardement et une lettre d’huissier en recommandé (Bibiche est également phobique de la banqueroute)

J’ai refusé de laisser l’aspirateur allumé, il ne faut quand même pas déconner. Mais je suis allée le mettre dans l’entrée, derrière une bonne vieille porte de 50 kilos, en espérant que son araignée mutante ne soit pas dotée d’une force sur-arachnide en plus d’être capable de résister au vortex de notre bon vieil aspirateur ménager.

De retour au salon, Bibiche daigna enfin sortir de sa cachette.

«Bon… bein on ne va peut être pas se lever maintenant… »

«Il est 4 heures du mat. Non, on ne va pas se lever maintenant.»

J’ai joint le geste à la parole et suis partie me recoucher, suivie d’un fébrile Bibiche qui avait visiblement un besoin incontrôlable de se confier après le choc traumatique qu’il avait vécu et duquel il m’a rebattu les oreilles pendant de longues minutes encore:

«J’ai essayé hein mais comme je ne l’ai pas eue du premier coup et que je ne la voyais plus j’ai eu peur qu’elle me saute dessus. Ca peut sauter, les araignées?»

«Une araignée normale je ne sais pas mais celle-ci je suis sûre qu’elle pouvait voler, vu que visiblement c’était Superman.»

Bref. Au bout d’un moment il a enfin fini par se taire et j’ai pu retrouver ce sommeil tant désiré, bien que plus ou moins paisible : j’ai fait un rêve à la con dans lequel il y avait des araignées plein les murs de ma chambre et, quand j’approchais l’aspirateur pour les négocier, elles se transformaient en crabe, puis en lapin. Un joli lapin bélier que nous avions ensuite domestiqué.

Bref. Bibiche aura ma peau.

Ce second opus fait suite à au premier titre révélation Sandale dans ta gueule disponible ici

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Avant de partir …

4 comments

  1. Claire says:

    Trop drôle! N’empêche, l’aspirateur ne tue pas l’araignée, donc elle peut ressortir.
    Perso j’opte pour les toilettes. J’attrape l’araignée et tire la chasse d’eau. Ca ne la tue pas mais elle n’est pas prête de réapparaitre

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