Que personne ne bouge : le Niminus a disparu.

L’histoire qui va suivre repose sur des faits réels. Toute ressemblance avec des personnes existantes n’est aucunement fortuite.

Un soir d’été, des cousins qui se retrouvent, une terrasse, un barbec. La piscine gonflable qui déborde dangereusement des lardons de chacun. C’était ça, chez moi, hier soir. Nous avions dans notre grande clairvoyance décidé de coucher au plus tôt toute notre marmaille fourbue et geignarde pour pouvoir enfin profiter de la soirée, les adultes sur la terrasse, les cinq gamins profondément endormis chacun dans une pièce différente de la maison.

C’était sans compter sur le Niminus qui, une fois n’est pas coutume, avait décidé de faire de la résistance, tapant dans les grands classiques pour essayer de repousser au max le moment du coucher : « j’ai envie de faire pipi », « j’ai soif », « j’ai chaud », « j’ai pas sommeil » (mon oeil), « je veux la porte ouverte ». Une rengaine que tu dois toi aussi connaître par coeur.

Vers 22, le silence se fit enfin dans le bureau, pièce assignée au Niminus qui avait gracieusement cédé sa chambre à sa petite cousine (avec qui elle devait dormir à la base, mais au bout d’une heure de « pipi caca fesse trou de balle », la cousine en avait eu sa dose. On la comprend.).

Ca y est, le Niminus avait enfin lâché les chevaux.

Vers 22h30, je décide d’aller chercher des glaces et en profite pour aller fermer la porte du bureau et, accessoirement, remettre ma fille d’équerre dans le lit, elle qui dort encore bien souvent dans des positions précaires et incongrues. Je me faufile dans la pièce, attends que mes yeux s’adaptent à la faible luminosité, et là : personne dans le lit. J’allume la lumière pour en être sûre : non, le Niminus n’est plus là.

Vu qu’elle avait mal digéré le fait que sa cousine soit partie se mettre au calme, j’ai tout de suite pensé qu’elle était allée s’enfiler dans un lit, à l’étage, près des autres enfants. Je fais part de mon étonnante découverte à l’Homme, puis décide d’aller vérifier mon hypothèse. Je passe en catimini dans la salle de jeu, où ronflait lardon #1. Personne. Je me faufile dans la chambre du Niminus où la cousine de 5 ans faisait l’étoile dans le 180. Seule. Je regarde dans la chambre de lardon #2. Pas de Niminus.

Je referme la porte du lardon #2, passe sur la pointe des pieds à côté du lardon #1 qui en écrase toujours comme un bienheureux, et redescend dire à l’Homme que le Niminus n’est pas à l’étage. Il nous reste encore une option, notre propre chambre, où roupille lardon #3 (oui c’était lardonland hier soir chez moi). Et tu l’auras deviné : toujours pas de Niminus, là non plus. Elle n’est dans aucun lit. L’Homme, qui était alors en train de faire visiter le bureau aux cousins (le Niminus n’y dormant pas, c’était l’occasion), commence doucement à paniquer. Il remonte faire les chambres de l’étage, perdant de sa discrétion au fur et à mesure. Il passe calmement vers lardon #1, allume la veilleuse dans la chambre du Niminus, puis, la panique grandissant, allume carrément le plafonnier en pleine tronche du lardon #3 qui commence à brailler. Chut, tais-toi, le lardon. Je lui recolle vite fait sa tétine et le somme de se rendormir (ce qu’il fit, ce brave). On vérifie la salle de bains, la cabane, le grenier, les chiottes. Pas de Niminus. A ce stade, les convives commencent eux aussi à s’alerter. L’Homme part dans le jardin, craignant qu’elle ne soit sortie par le garage ouvert. Je retourne au bureau, je secoue une enième fois la couette vide à moitié échouée sur le côté du lit.

C’est à ce moment là que ton cerveau se scinde en deux. Le côté rationnel te dit qu’elle est forcément quelque part dans la baraque et, qu’étant sur la terrasse, on l’aurait de toutes façons vue en sortir. Mais la panique prend peu à peu le dessus. Tu arrives presque à te persuader que que tu ne la reverras jamais. Que sa disparition inexplicable sera le plus grande énigme du siècle. Que TF1 en relancera l’émission Mystères pour couvrir le sujet. Que Pierre Bellemare te demandera les droits pour son prochain polar.

C’est l’esprit rempli de ces joyeuses badineries que je fis la découverte suivante :

Mais bien entendu! Dormir sous le lit, le crâne confortablement installé sur le parquet : pourquoi n’y avons-nous pas pensé plus tôt?

Je l’ai secouée, pour voir si elle était encore en vie. D’un coup, l’étau qui se resserrait autour de ma gorge s’est envolé. La panique est retombée. Je l’ai remise au lit sans qu’elle n’ouvre un oeil. Et ce matin, elle m’a confié avoir voulu faire une cabane.

 

 

 

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Avant de partir …

13 comments

  1. Flo says:

    Oh mais ça me rappelle ma nièce, alors âgée de trois ans, qui par un après-midi de canicule (celle de 2003) avait « disparu » elle aussi. Mais ma soeur, bien plus paniquée que toi, avait illico appelé la Police, tous les voisins… Tout le monde cherchait la petiote dans le quartier, les champs de maïs avoisinants, etc… Au bout d’un moment, j’ai pris par la main ma nièce de 5 ans, lui demandant de me montrer tous les endroits où elles avaient l’habitude de jouer à cache-cache et j’ai inspecté toute la maison en prenant soin de relever les volets (oui, tout était dans la pénombre pour préserver un peu de fraîcheur dans la maison) et c’est comme ça que j’ai retrouvé la petite Lisa, profondément endormie dans son lit, cachée sous la couette!!
    Et là, tu te sens vraiment bête face aux policiers bienveillants qui t’avaient bien sûr demandé si la maison avait été vérifiée de fond en comble…!
    Enfin, comme pour vous, tout s’est bien fini, mais si c’est comme chez ma soeur, ce ne sera pas la dernière frayeur de ce genre!!

  2. laboudeuse says:

    Bon ben moi je dis « faites des gosses qui disaient ».
    C’te peur j’imagine à ta place!!!Sacrée Niminus!

  3. Maaademoiselle A. says:

    Ben, elle était bien sa cabane !
    Puis avec ces températures, il faisait peut être plus frais là-dessous (euh… j’y crois moyen en fait…)
    Ce qui est sur, vaut mieux que le dessous de son lit soit bien propre 😉

  4. Papillon says:

    C’est bien connu, on est tellement mieux sous le lit !
    J’espère que les glaces n’ont pas fondu pdt vos recherches !

  5. NiouzMum says:

    Ah oui vous avez bien dû flipper !!! Je reconnais ce sentiment de ton cerveau qui se scinde en 2 et imagine les pires scenarii tout en sachant rationnellement que ce n’est pas possible !

  6. cecile says:

    décidement elle regorge d’idée la pitchoune ! par contre plus dur de suivre pour les parents 😉 j’avoue qu’à ta place j’aurai vraiment flippé !!!!

  7. Amélie Epicétout says:

    Je suis morte de rire, nan mais sous le lit quoi… heureusement que sa petite mimine dépassait, un peu plus et on voyait le portrait de Niminus à la télé. Vous auriez eu l’air fins aux infos le lendemain: « on a retrouvé la petite fille saine et sauve qui faisait un gros dodo sous son lit ».

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