Le biclou et la culotte

Quand j’étais petite, j’adorais faire du vélo, comme tous les petits campagnards des années 80 je suppose. C’était le mode de déplacement le plus commode pour aller acheter des autocollants Hélène et les Garçons. On faisait la course avec les copains le long du Doubs, puis le fromager nous filait des rognures de comté qu’on lançait aux truites depuis le pont. La plupart du temps, mes parents ne savaient même pas où j’étais, et ne s’en inquiétaient pas plus que ça, tant que je rentrais avant la nuit. Ils étaient beaucoup moins flippés de la vie que nous le sommes aujourd’hui avec nos lardons. Pas de casque, pas de gilet jaune, pas de portable. J’enfourchais juste mon biclou et je dévalais la côte en zigzagant à toute allure entre les bouses. C’était simple, naturel. Inné, presque.

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Maintenant, quand je remonte sur un vélo, je peine à trouver mon équilibre. Le guidon me semble trop bas, la selle trop dure, les roues trop… rondes. Je me sens aussi stable et gracieuse que Bambi quand il découvre le lac gelé. Je sais qu’il suffirait que je m’y remette un bon coup pour retrouver de l’aisance et du plaisir, mais pour l’instant ça ne me dit absolument rien.

Ecrire ici, aujourd’hui, me fait le même effet. Forcé, hésitant, décevant. J’ai pris un certain recul sur tout cela, et me raconter, nous raconter ici me donne désormais l’impression de me promener en culotte dans mon salon à la nuit tombée avec les volets ouverts sur une rue bondée. Non pas que ce soit une vilaine culotte, au contraire. C’est juste que je la réserve désormais à un public plus restreint.

Je ne sais pas si l’envie de remonter en selle me reprendra, je ne l’exclus pas, mais je ne m’impose aucune contrainte non plus. Ce ne sont pas des adieux car je ne sais pas de quoi demain sera fait, et je zone encore beaucoup trop sur les réseaux sociaux, mais je voulais juste vous donner la raison de cet encéphalogramme plat. Le biclou, la culotte, tout ça.

Ah, et le crochet, aussi.

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Avant de partir …

4 comments

  1. Sandra says:

    Bonsoir,
    Je comprends votre ressenti mais en même temps, j’aime tellement vous lire, la façon de voir les choses et de les décrire…
    Autre réflexion : notre propre enfance plus « insouciante » et celle de nos enfants plus « surveillée » (même si j’essaye » de ne pas exagérer) va forcément générer des adultes bien différents…
    En espérant vous relire quand même (et c’est totalement égoïste !)

  2. Amélie says:

    Alors bonne continuation. Vous êtes une personne formidable et les parenthèses de votre vie m’ont fait rire parfois pleurer. Et aussi vous envier car votre plume est unique et nous entraine et pour ma part m’offre des moments de pause et de plaisir.
    Alors bon crochet ! Et encore merci.

  3. Lise Les Carnets DLPM says:

    Je crois que je comprends ça, aussi bien les virées à vélo dans les années 80 (sur les routes Corréziennes dans mon cas) que l’équilibre à trouver entre le plaisir d’écrire sur soi et les siens sans se livrer trop non plus.
    J’aime vraiment ta plume et ton style et ça a vraiment été un grand plaisir de te lire depuis 5 ans.
    Bisous

  4. Luly says:

    C’est au moment de la naissance de la naissance du 3ème royal baby que je reviens « prendre des nouvelles » ici… Et relire ton billet sur Kate Middleton fraîche comme une rose après son accouchement, alors qu’il aurait fallu d’attacher sur le toit de la Range pour te ramener chez toi aussi vite.
    A bientôt !

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