La dinde a pondu – part two

Previously, on Maman Fait la Dinde…

Deux doigts. Je suis à deux doigts de partir à la mat’. Deux doigts, c’est aussi l’état de mon col à ce moment là. Le Niminus est partie, valise sous le bras, passer la nuit chez sa nounou. Cela fait une heure que j’ai des contractions toutes les 4 minutes. Une fois les valises complètement bouclées, je me pose dans mon canapé en attendant le retour de l’Homme et là…

(Relire la première partie)

Et là : plus une contraction! J’essaie de me détendre, de me changer les idées en surfant un petit coup sur le net. Une contraction toutes les dix minutes. C’est quoi ce bordel?

L’Homme rentre comme une tornade. « Alors on y va? »

« Non attends, je n’ai plus de contraction »

« HEIN? » Silence interloqué. « Bon ben… je me déchausse? »

« Ouais. Profite-en aussi pour manger un truc, quitte à faire ». Il est 18h30.

Je décide de suivre mon propre conseil. Si c’est le jour J et que je pars à la mat le ventre vide, ils ne vont rien me laisser bouffer avant des lustres, autant se gaver avant de partir. Je remarque que dès que je suis debout j’ai de bonnes contractions très régulières, mais une fois assise, plus rien. C’est déstabilisant. Je dois avoir un pouvoir psychologique sur mes contractions.

Vers 20h, nous décidons de partir pour la mat. Je me dis que si le psychologique joue autant, peut-être que de me sentir arrivée à destination fera avancer les choses.

20h30, nous arrivons à la mat, où on me fait pisser dans un bocal et où on me tâte le col. Toujours à 2. Déception. On part pour une heure de monitoring, où je demande à ne pas être de suite clouée au lit. On me propose le ballon. Pour un premier accouchement, on est toute chamboulée par la situation. Là, quand on réalise qu’on est partie pour une heure assise sur un ballon à se regarder dans le blanc des yeux avec l’Homme, on se demande pourquoi ils n’installent pas des petites télés en salle de naissance. En plus ce soir c’est la finale du Meilleur Pâtissier, merde.

Pour celles qui ne savent pas à quoi ressemble un monitoring : on vous installe deux sangles autour du bidon, avec deux capteurs : l’un pour le coeur du bébé, et l’autre pour mesurer l’intensité des contractions (à savoir que proche de l’expulsion, les contractions montent jusqu’à 120 – 130). Quand une contraction arrive, le capteur le détecte un peu avant toi et les chiffres s’emballent : 10, 15, 29, 35… et le grand jeu de l’Homme était de me dire « ah attention t’en as une qui arrive! » et d’essayer de faire des pronostics sur la douleur infligée par celle-ci. « 45, ça va, non? » (45 ça soigne déjà bien, au passage). Et quand les contractions ont commencé à s’intensifier : « oh purée 60… oooooh 70, aïe ça doit te faire mal là non? ».

S’il y a bien une chose qui m’excède, c’est que l’on me parle pendant les contractions : vas-y que je te fais des commentaires sur la douleur, et que je te pose des questions à la con, genre comme si on pouvait tenir une conversation à ce moment là. Recevoir des SMS et en commenter le contenu n’est pas non plus une bonne idée. Ta vie continue peut-être, l’Homme, mais nous on agonise en essayant de mettre au monde ton rejeton, alors t’es gentil, TU. TE. LA. FERME.

Bref. Une heure plus tard, la sage-femme revient. Verdict : contractions certes douloureuses mais toujours trop espacées, col toujours à deux. « Rien ne prouve que ce sont vraiment des contractions de travail, peut-être que ce ne sera que pour dans dix jours, à ce stade, on ne peut pas dire. ». J’ai envie de la bouffer. « Vous pouvez rentrer chez vous avec un suppo de spasfon, et vous reviendrez si jamais ça évolue. Sinon, ça vous aidera à passer une bonne nuit ». J’ai envie de le lui faire bouffer, son suppo de spasfon.

Fort heureusement, le côté psychologique de la chose reprend du service et une contraction vient me clouer au lit. Je ne gère plus rien, je crois que je crie un peu. Elle me demande si ça fait mal (non, sans blague?), et me dit que finalement, ils vont peut-être quand même me garder. Fort heureusement pour moi, la mat est vide ce soir là. Elle me propose de tenter la salle Nature et sa baignoire, réservée d’ordinaire aux mamans souhaitant accoucher sans péridurale. Rien que pour l’expérience, je dis oui.

22h 15. Elle nous conduit donc dans cette fameuse salle. J’y découvre une immense baignoire où un bain est en train de couler, il y a aussi un grand matelas avec des coussins dans un coin de la pièce, ainsi qu’une sorte de balançoire pour se soulager les reins. Elle me donne un peignoir et tamise la lumière. Suis-je à la mat’ ou au spa?

Même si ça fait bizarre de prendre un bain devant de tierces personnes, je me lance. L’eau est bouillante. L’effet de la chaleur sur mes reins est immédiat. Je ne sais pas si je te l’avais précisé, mais pour cet accouchement j’ai découvert ce qu' »accoucher par les reins » voulait dire. Et ça fait un mal de chien. Il parait que c’est le signe que la tête du bébé est bien placée, en tout cas c’est ce qu’on se dit pour se donner un peu de courage.

Toujours est-il que pataugeant dans ma grosse marmite fumante, je commençais à nouveau à gérer les contractions et à me détendre pour qu’elles soient efficaces. Ca ne veut pas dire qu’elles ne me faisaient pas mal, mais la bring it on attitude était de retour! Les contractions s’enchaînent, je les accompagne du mieux que possible « grâce à votre respiration maîtrisée » aurait dit la sage femme du cours de préparation à l’accouchement. « Imaginez votre bébé pelotonné en vous. Prenez une grande bouffée d’air, c’est un beau cadeau que vous lui faites. Imaginez maintenant votre col se dilatant tel une fleur qui s’ouvre ».

J’imagine le bébé, la fleur, tout le bordel. C’est le moment que choisit l’Homme pour bailler comme un ogre qui viendrait de bouffer des petits enfants. Bad idea. Quand je dis « tais-toi pendant les contractions », ça veut aussi dire qu’il faut contrôler tous tes petits bruits parasites. Pas de bâillements, de soupirs ni de bruitages divers et variés. On ne joue pas avec le clapet de son téléphone, on ne tapote pas incontrôlablement des doigts sur le faux cuir du matelas. On se fait oublier, point. Peut-être que toi tu t’emmerdes, mais moi je dérouille, là!

En parlant d’oubli, je crois que la sage femme aussi, m’a oubliée. 23h00, je trempe jours. Je suis rouge comme une écrevisse, je vais crever. Je décide donc de sortir de l’eau de mon propre chef, la chaleur m’a donné envie de dormir. Je vais me poser sur le matelas, où les contractions sont toujours présentes, toutes les 3 à 4 minutes. Je suis sur le point d’aller essayer la balançoire quand la sage-femme arrive et me propose de retourner en salle traditionnelle, pour voir si ça a avancé.

S’il n’y a bien une chose qui ne te réjouit qu’en fin de grossesse et que tu attends avec impatience, c’est qu’un étranger vienne te coller deux doigts au fond du vagin pour juger de ta dilatation. J’en trépigne, le verdict va tomber.

« Alors, voyons si ça a avancé depuis tout à l’heure. Sinon, vous pourrez rentrer à la maison » (enfilage du gant à deux doigts.) « Oh mais oui! Vous êtes à 5-6! Allez j’appelle l’anesthésiste et je reviens vous perfuser! » Elle est contente, finalement, elle va avoir du boulot cette nuit.

Il est 23h30, je regarde l’Homme. Bring it on.

Suite et fin au troisième épisode!

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Avant de partir …

12 comments

  1. melusine says:

    ton recit me fait revivre le mien moi j’ai eu droit a: mais elles ne sont pas reguliére… bon on va controler quand meme mais j’y crois pas…( et là tu te dis petasse) Ha mais vous etes a 4 on passe en salle Ouf finalement je t’aime bien 😉

  2. Aurore says:

    Bizarre pas de souvenir de gant à deux doigts moi, en même temps euh, j’evitais de regarder les sages femmes/internes/étudiants me trifouiller….

    1) Accouchement par les reins, j’ai connu ça pour Alexandre (et je confirme c’est pire que des contractions par le ventre et qui font déjà bien mal)
    2) Il est possible quand meme que ce soit signe que la tete soit bien placée (pour grégoire j’ai eu les contractions dans le ventre et on m’a fait allonger sur le coté pour qu’il se positionne bien)

    Bon, maintenant on attend la suite 🙂 (et fin 😉 )

    • Aurore says:

      Et j’ai oublié d’ajouter, moi aussi pour Grégoire, si j’avais attendu les deux heures de contractions à 5 mn préconisées par la sage femme j’aurai accouché à la maison! Déjà quand on voit que je suis arrivée à la mat’ une heure après la 1ere contraction douloureuse et que j’étais déjà dilatée à 8….

  3. Gwen says:

    vivement la suite 🙂
    Ta salle m’a fait penser à la mienne, avec la grande baignoire et tout le tralala. Mais j’ai pu y rester tout le long du travail + accouchement

  4. Steph _LeanaBanana says:

    Tu vends du rêve là!! Si seulement j’avais connu le bain pour mes contractions par les reins!!! 🙂

    Imagine, 37h de contractions par les reins… allez, j’voue, j’ai eu 5h de répit… merci Mme Morphine 🙂

    LA suite, la suite la suite!!!!!…

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