Huit.

Avoir une enfant de huit ans, c’est un peu comme devenir maman pour une deuxième première fois. Tu crois que ça y est, c’est bon, tu sais faire. Ca fait huit ans que les gosses, les bobos, les colères et tout ça, tu gères plutôt bien. Sauf que non. Huit ans marque un tournant, et tu te rends compte que tu t’avances vers l’inconnu, où toutes tes astuces et tes ruses apprises au fil des années ne fonctionnent plus toujours. Parce qu’une enfant de huit ans se comporte encore parfois comme si elle en avait quatre, mais parfois aussi comme si elle en avait seize.

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Huit ans te dit qu’elle est d’accord pour mettre ses landaus au grenier et qu’elle est prête à donner ses poupées, mais tu les retrouves le soir même bordées dans son lit.

Huit ans ne veut surtout plus de vêtements avec des princesses dessus (sauf à la rigueur sur les culottes, mais uniquement si ce sont des shortys). Cependant, Huit ans supplie la famille entière de regarder avec elle le film de la Belle et la Bête parce qu’elle attendait le DVD depuis des mois (j’ai cru que Bibiche allait sauter par la fenêtre pendant les passages chantés. Heureusement, nous sommes de plain-pied.)

Huit ans adore les journées shopping entre filles et te déniche toujours les robes les plus jolies (et les plus chères. Avoir une fille c’est une double banqueroute : tu craques sur un tas de fringues quand elle est petite, puis quand elle grandit elle te persuade de t’acheter à toi des fringues dont tu n’as pas vraiment besoin #JupeAQuaranteCinqBoulesAhem #DontTellBibiche), mais ne t’avise pas de lui acheter quoi que ce soit sans son consentement ou pire : de l’obliger à porter des vêtements qu’elle n’a pas choisi elle-même. Il y aura des larmes.

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Huit ans claque les portes quand elle est contrariée. Huit ans s’emporte vite quand son père la fait marcher, et monte s’isoler dans sa chambre en martelant chaque marche d’escalier pour nous faire comprendre que nous ne sommes que des vieux cons. Puis huit ans redescend quelques minutes plus tard et te demande si tu veux bien faire un bricolage avec elle.

Huit ans décide donc de ce qu’elle veut porter, et de quand elle veut le porter. Une pluie torrentielle ne la dissuadera pas d’aller patauger dans la boue avec ses chaussures en toile. Si elle a décidé de mettre une robe et des sandales alors qu’il y a une fine pellicule de givre dans la pelouse et que son souffle dessine des petits nuages devant sa bouche, tu seras une vraie connasse d’oser l’obliger à aller se changer. Larmes, soupirs, claquements de porte et pas d’éléphant dans les escaliers seront au programme.

Huit ans monte se doucher seule, en te demandant si elle peut t’emprunter ta mousse nettoyante pour le visage, et interdit à quiconque d’entrer dans la salle de bain pendant ses ablutions. Puis le soir même elle court à poil à travers la maison.

Huit ans pense que tu sais tout faire, et que tu peux tout faire. C’est beaucoup de pression, surtout quand son souci majeur c’est qu’elle ne peut pas aller faire la roue dans le jardin parce qu’il pleut, mais encore plus quand elle a des peines de coeur que les bisous magiques ne peuvent pas consoler. Elle viendra alors chercher conseil auprès de toi. Conseils qu’elle s’efforcera de mettre en pratique, parce que tu as forcément toujours la solution.

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Huit ans pense qu’elle sait tout faire. Puis qu’elle est bonne à rien. Ce qu’elle affirmera en te regardant dans les yeux pour que tu lui affirmes le contraire, parce que ce qu’elle veut le plus, c’est te rendre fière. Puis folle.

Huit ans se compare toujours aux autres et doit absolument rentrer dans le même moule que tous les autres petits gamins de la cour de récré (bonjour monsieur Hand Spinner), mais dans l’intimité de sa chambre, huit ans joue aux chevaliers avec son petit frère et raconte sa journée à ses doudous.

Huit ans fait encore des caprices, des colères, et des crises de larmes quand elle a eu une journée bien chargée. Huit ans pleure souvent parce qu’elle découvre la complexité des relations humaines et qu’elle a besoin de son doudou et des bras de sa maman pour se consoler.

Huit ans envoie régulièrement valser ton autorité sur un ton qui frise parfois l’insolence, mais veut tout faire avec toi, toujours, tout le temps. Parce que tu es la personne la plus cool du monde. Mais également la plus nulle.

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Le fait qu’elle soit un petit pot de glue a parfois clairement ses avantages.

Huit ans aime bien lire dans son lit avant de se coucher, mais préfèrera toujours grimper sur tes genoux pour t’écouter lui raconter une histoire. Alors tu t’assois en tailleur au pied de son lit et elle vient se caler dans ce petit siège sur mesure, entre tes bras, comme tous les soirs depuis huit ans.

Huit ans demande à rentrer seule de l’école et rêve du jour où elle pourra partir acheter le pain toute seule, mais huit ans aime encore bien se faire porter, parfois.

Huit ans trouve les blagues que raconte son père à table sont vraiment trop nulles et puériles, mais elle se cache derrière le paquet de céréales pour ne pas qu’on la voit rigoler.

Huit ans t’attend sur un banc à la sortie de l’école parce qu’elle sait que tu dois aller chercher son petit frère avant. Tu l’aperçois au loin en train de relire sa poésie, les cheveux savamment rabattus sur le côté et le cartable nonchalamment accroché à une seule épaule. Puis elle lève la tête et te court dans les bras parce que même si elle n’a attendu que deux minutes, elle est quand même un peu soulagée de te voir enfin arriver.

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Huit ans n’est plus tout à fait petite fille, et commence à s’imaginer femme. Et pour se projeter et se construire dans son identité future, elle prend exemple sur le modèle qu’elle peut étudier de près au quotidien : c’est à dire toi. Elle observe tes gestes, écoute tes conversations d’adulte, enregistre tes opinions, tes expressions. Elle te demande de lui raconter ton enfance, ce que tu faisais, ce que tu aimais, ce que tu pensais. Elle te demandera des comptes pour chacun de tes faux-pas. C’est épuisant, d’être prise pour modèle.

Huit ans se regarde dans la glace et commence à se trouver des défauts. Défauts totalement inexistants, évidemment, elle est parfaite. Mais elle trouve que ses dents d’adulte prennent trop de place dans sa bouche d’enfant et que son petit nez serait tellement plus joli s’il était saupoudré de taches de rousseur.

Etre mère d’une huit ans prend une ampleur nouvelle, parce que tu as cette ébauche de future femme devant toi qui ne demande qu’à marcher dans tes pas. Qui ne se construit pas encore dans l’opposition mais dans le mimétisme. C’est beaucoup de pression pour tes épaules de maman.

hh

Mais c’est certainement le rôle le plus gratifiant de toute ta vie.

 

 

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Avant de partir …

13 comments

  1. nane says:

    chiale du soir, bonsoir!
    Vivre avec une huit ans, c’est exactement ça.
    Elles sont si petites et si grandes.
    Merci, ton texte remet les pendules à l’heure dans ma tête d’une maman d’une huit ans

    • celise says:

      c’est clair…c’est tres beau ce que tu dis et tellement vrai
      ma poupee va avoir 9 ans et pourtant j’ai toujours l ‘impression que ca fait juste quelques mois que je partais a la maternite…

  2. Emilie says:

    Ce texte est parfait. J’ai pour le moment deux garçons. Mon 7 ans est comme ça, entre pas encore grand et toujours petit. Je le sens très travaillé entre les deux actuellement …
    Et je vais avoir une petite fille dans quelques jours. Je pensais que ça ne change rien (fille/garçon)… Et en lisant ce texte, je me rend compte que si, sans doute quand même un peu…

  3. Lise Les Carnets DLPM says:

    Je reconnais totalement ma Presque 8 ans (dans un mois). Elle veut s’habiller « classe », exit Hello kitty et consœurs, se faire percer les oreilles et greffer une plume dans les cheveux mais dort encore avec sa montagne de peluches. C’est encore ma petite fille et mon bébé mais clairement c’est un cap! J’adore ton billet comme d’habitude. Bises.

  4. Vero2017 says:

    Moi j’ai une vingt-deux ans et une dix-huit ans…elles ont quitté ou quittent le niid, et leurs paradoxes au moment de partir s’imposent à elles , le désir de s’émanciper est immense, la peur de le faire l’est tout autant, les doutes quant à leurs capacités ne sont pas dits mais s’expriment par des actes manqués touchants.. et irritants aussi parfois!
    Mon rôle? Encourager sans donner l’impression de pousser dehors, rassurer sans donner l’impression de retenir.. c’est épuisant.. aussi.
    Car la mère est aussi paradoxale.. l’envie de voir ses enfants grandir et la peur de les voir affronter le monde sont là à part égale. Donc je passe mon temps à veiller à ne pas transmettre mes craintes… 😉 à mon avis ca sure Route la vie.

  5. Maman Sur Le Fil says:

    Qu’il est beau ton billet… Ma « sept ans tout juste » entre dans cette période de montagnes russes, entre la pré-adolescence et la petite enfance ! Et oui, c’est épuisant de jongler entre leurs velléités d’indépendance et leur besoin de câlins, et de maternage…

    Belle journée

    Virginie

  6. Picou says:

    Terrible! J’ai 2 filles, et ça me donne à la fois pas envie…Et hâte! Cette période de transition doit être aussi énervante que fascinante, voir se dessiner en arrière plan l’esquisse de cette personne qu’elle sera, et l’aider à tenir le cap, c’est fascinant aussi j’imagine…

  7. Aurélie Cagnades says:

    Tout est tellement ça ! les contrariétés, le besoin de tout savoir, de se meler de tout, les pas d’éléphant dans les escaliers, se balader a poil après la douche, la mini salopette sans rien dessous par jour de frais, la grosse veste en pilou par jour de canicule, les parents relous et la mini adolescence avec l’esprit de contrariété qui ne fait que commencer…

  8. Maya says:

    Merci pour ces infos, ma grande n a que 4 ans mais c est appréciable de s y préparer…
    Mais surtout bravo pour ce texte magnifique… tous les âges sont beaux à traverser

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