Du bordel dans ma cuisine

Depuis le début des vacances, le Niminus me bringuait pour faire une recette « toute seule ». J’ai bien essayé de l’embrouiller en lui faisant faire une salade de fruits, mais son rêve ultime était de se servir du four. Tout ça parce qu’une gamine de sa classe lui a juré qu’elle-même se servait du four seule depuis ses 5 ans (pour faire cuire un gigot de licorne en croûte de sel certainement), donc ma fille se sentait trop à la ramasse, tu vois.

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Pourtant, je trouve que la laisser s’asseoir sur le plan de travail pour remuer les casseroles c’est déjà pas mal cavalier.

Au début des vacances je lui ai donc proposé de tenter le gâteau au yaourt. Elle en avait déjà fait mille avec son père (rappelez vous Bibiche a 2 spécialités culinaires : le gâteau au yaourt et le gâteau au yaourt aromatisé) et maîtrisait à peu près toutes les étapes de la recette.

Ma première erreur fut de lui donner mon téléphone pour qu’elle suive la recette. Je m’en suis rendue compte quand je l’ai récupéré avec de la farine incrustée dans les haut-parleurs. La deuxième fut d’autoriser le lardon à participer à l’opération : nous avons retrouvé des coquilles de la taille d’un petit département d’outre-mer dans le gâteau cuit. Ils se sont bien entendus battus pour mélanger et ont propulsé des projectiles de pâte à la volée dans toute la cuisine en se tapant dessus. C’est d’ailleurs sur ces entre-faits que Bibiche est entré dans la cuisine. Il a contemplé le massacre, puis il a prestement pété les plombs. Une chose que tu dois savoir sur Bibiche, c’est que c’est un mari très agréable et bien de service, mais que quand il s’énerve, ça fuse dans tous les sens et il met des heures à passer à autre chose. Imagine-toi si tu veux au pied d’un volcan qui explose dans un champignon de fumée toxique en te jetant des caillasses en fusion sur la tronche, et tu auras l’idée. Autant te dire qu’à l’heure de déguster notre succulent amas de coquilles, de la fumée lui sortait encore des trous de nez. On peut donc objectivement dire que ce premier essai ne fut pas une réussite.

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Quand elle a renouvelé sa demande hier matin, en avançant toujours ce fameux argument de la copine qui cuisine des banquets royaux depuis l’âge de 5 ans, j’ai eu la grande magnanimité (ou la grande inconscience) d’étudier la requête. Les hommes étaient partis pour la matinée faire des trucs de mâles (c’est à dire acheter de la laine chez Cultura), supprimant ainsi deux éléments pouvant potentiellement nuire à la réussite de l’opération. J’ai prié tous les saints de pénétrer mon être tout entier de la patience de Maria Montessori (on remarque les lubriques qui ricanent dans leur coin à la mention du mot « pénétrer »), et, dans un moment d’égarement, j’ai accepté. A une condition cependant : je ne m’occuperais de RIEN. Elle sort, elle range, elle nettoie.

Cette gamine commençant à avoir des petits relents d’auto-apitoiement à grands coups de « toutes façons j’ai jamais rien le droit de faire » ou de « toutes façons toi maman tu ne fais jamais rien » (toujours agréable à entendre alors que tu viens de passer la matinée à lui faire faire sa flutain de production d’écrit), j’y ai vu une manière de lui inculquer une leçon formatrice, à savoir explicitement « quand je te dis que tu n’es pas encore en âge d’utiliser tous nos appareils ménagers en totale autonomie ce n’est pas juste pour le malin plaisir de te faire chier, comme je te l’ai déjà dit la semaine dernière quand tu as voulu craquer une allumette et que tu me l’as lâchée dans les cheveux. » (et après ça vient me dire que je ne fais jamais rien)

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Non, vraiment, je ne fais jamais rien. Vous remarquerez qu’elle utilise une poche à douille en arrière-plan.

Histoire de ne pas la mettre pour autant en situation d’échec, je lui ai donné une recette imprimée cette fois-ci et je lui ai demandé de sortir tous les ingrédients pour faciliter la tâche. Il était 11 heures et j’avais l’intention d’aller me doucher (vacances, tout ça…) mais je craignais (à raison) de la laisser sans un minimum de surveillance (à raison). Je suis donc allée me poser un masque en attendant qu’elle réunisse tous les ingrédients de la recette, ce qui a pris un certain temps étant donné qu’elle cherchait la cannelle dans le tiroir à épices en ayant subitement oublié qu’elle avait désormais la faculté de lire les étiquettes.

Elle a d’abord voulu mixer du beurre mou avec du sucre en utilisant un fouet à main (bon courage) et, certainement énervée de cette expérience peu concluante, a cassé l’unique oeuf à côté du saladier. D’une voix calme et détachée, je lui ai conseillé de nettoyer avant de continuer. Ce qu’elle a fait, en ramenant la masse gluante sur le bord de l’îlot de cuisine, masse qui a bien entendu coulé sur son pantalon, dans ses crocs, sur le tabouret et sur le sol. En plus, elle n’avait pas de chaussettes : l’oeuf cru entre les orteils, ce doit être le kiff.

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Après avoir longuement pesté et utilisé l’équivalent de la moitié de la forêt amazonienne en sopalin, elle s’est remise à sa recette en voulant cette fois peser les poudres et ajouter 100 grammes de farine dans une lenteur battant tous les records : elle regardait la balance à chaque gramme, ce qui est, je le conçois, un peu fastidieux. Alors pour le sucre, elle y est allée franco et a versé le paquet entier d’une traite, ce qui faisait évidemment beaucoup trop. Je lui ai alors proposé d’ôter le surplus à la cuillère en restant de marbre (en effet, mon masque s’était alors déjà totalement solidifié sur ma tronche).

Elle a terminé tant bien que mal sa recette, en m’envoyant des flocons d’avoine et des pépites de chocolat aux 4 vents et en ayant accumulé une quantité record de vaisselle sale. Mais je n’ai rien dit, RIEN. De toutes façons à ce stade, mes lèvres n’avaient plus la capacité de se mouvoir. Je suis juste partie prendre cette douche tant attendue (presque autant que celle d’après l’accouchement) et je l’ai laissée faire le ménage, ce qu’elle a clairement détesté. Mais bon, si elle est assez grande pour utiliser le four, elle l’est aussi pour l’éponge et l’aspirateur, non? #TelEstPrisQuiCroyaitPrendre

Quand Bibiche et le lardon sont rentrés, rien n’y paraissait : la cuisine était dans un état de propreté acceptable et le Niminus avait eu la présence d’esprit d’aller changer son pantalon gluant. Elle a quand même fini par avouer que la cuisine c’était quand même bien mieux quand j’étais là pour l’assister (c’est à dire ranger à sa place et éviter les coulures d’oeuf dans les crocs), et je l’ai même laissée sortir les plaques du four, sous l’oeil totalement affolé de son père. Elle va donc pouvoir se la péter en récré demain, ce qui était visiblement tout le but de l’opération.

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Pour ma part, j’ai trouvé un avantage autrement plus intéressant à toute cette histoire : ben oui, on a quand même bouffé des cookies toute la journée.

(pour la recette, c’est celle-ci : visiblement à 3 ans elle gérait mieux le cassage d’oeuf qu’à 8)

 

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Avant de partir …

5 comments

  1. Claire Rêves de fripouilles says:

    J’ai bien rigolé ! (Sûrement plus que toi sur le moment !) Pour le moment ici les recettes sont faites plutôt sous assistance qu’en free style enfantin ! J’hesitais à proposer à ma grande d’en faire un seule… je crois que je vais encore attendre après t’avoir lue

  2. Lise Les Carnets DLPM says:

    Excellent! Moi j’aimerais bien essayer de laisser de laisser ma Little 1 de 8 ans suivre une recette toute seule (mais elle ne le demande pas). Le problème, c’est qu’il faudrait qu’on se débarrasse de ses 2 petites sœurs avant pour eviter le carnage… À étudier. En attendant, j’ai mes 3 assistantes en pâtisserie et je mets deux fois plus de temps à faire une recette…mais après, elles raclent et lèchent saladiers et casseroles tellement consciencieusement que je pourrais zapper l’étape du lavage!

  3. Maman Sur Le Fil says:

    Tu m’as bien fait rire ! Je n’ai pas encore ce lâcher prise… Mais en même temps, si je l’écoutais, elle irait à l’école seule depuis ses 5 ans et dormirait chez les copines depuis ses 4 ans !

    Virginie

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