A notre pudeur perdue {un article aux hormones}

Il y a quelques jours, l’Homme est rentré catastrophé de l’école : il a réalisé qu’il avait en classe le fils de notre dermato. « Mais tu te rends pas compte, elle m’a vu à poil, c’est super gênant! » et depuis il s’imagine qu’à chaque fois qu’elle vient chercher son môme à la sortie des classes, elle se refait l’inventaire complet de ses grains de beauté. Et là laisse moi te dire que là, je n’hésite pas une seule seconde à rire à gorge déployée face à ses « inquiétudes », lui listant le nombre de personnes qui ont étudié de loin ou de parfois très près mon anatomie la plus intime ces quatre dernières années.

Parce que quand tu es nullipare, à part lors de ton rendez-vous annuel chez le gynéco pour ta pilule, ton entrejambe coule de paisibles mois loin des regards (médicaux, bien entendu…). Mais une fois que tu pisses sur le bâton et que ça vire au positif, il se retrouve sans crier gare à l’avant de la scène, sous les spotlights, la nouvelle coqueluche du corps médical.

Comme pour t’habituer à cette nouvelle notoriété, tu vas maintenant aller chez le gynéco tous les mois. L’examen n’a rien de bien nouveau, on te demandera toujours de « passer à côté » (manière délicate de dire « allez, vas te mettre à poil derrière le paravent, là bas) et on te fera toujours monter sur la balance le cul à l’air. Mais une grossesse rapproche aussi le gynéco de sa patiente, et il est bien content de voir un ventre rond entrer dans son cabinet après une matinée passée à mettre des jeunettes sous pilule ou à ausculter des organismes pré-ménopausés (et il peut jouer avec son doppler!). Et du fait, maintenant, le gynéco te parle. Alors qu’il enfilera son doigtier, il te demandera si tu as déjà réfléchi à ta préparation à l’accouchement, par exemple. Quand j’ai dit à la mienne que je souhaitais faire une préparation en piscine, elle a commencé à me raconter l’histoire du bassin qu’ils venaient d’installer dans le centre de rééducation d’en face, me disant qu’elle l’avait vu passer par les airs le jour de la livraison. Et tout ça en plein examen, elle te fouille d’une main en te montrant de l’autre où ils avaient installé la grue. Et le pire, c’est qu’au bout de quelques rendez-vous, toi aussi tu commences à trouver ce genre de situations plutôt normales.

Et puis vos conversations vont s’enrichir, au fil de ta grossesse. Tu vas te découvrir tout plein de petits désagréments que tu ne mentionnerais d’ordinaire jamais dans une conversation… sauf avec ton gynéco. « Ah bonjour madame X, comment ça va ce mois-ci? », « oh ben pas terrible, j’ai la vulve terriblement enflée le soir c’est très inconfortable. Et puis il me semble que les compléments de fer me constipent. »

Glamour – cent mille.

Mais tout ça, ce n’est rien du tout comparé au jour de l’accouchement où une équipe soignante, après t’avoir proposé un lavement anal, se relaie entre tes jambes pour juger de ton ouverture. Même chose, quand tu es les pieds dans les étriers avec en moyenne 4 personnes autour de toi à admirer ton anatomie en pleine dilatation sous un éclairage opératoire de 1000 watts, te vidant la vessie avec un tuyau, saisissant une paire de ciseaux pour agrandir le passage, histoire qu’on en finisse. Enfin ça c’est ce que tu crois, parce que même une fois ton gamin posé sur ton ventre, tout violet et recouvert de Dieu sait quoi (mais tu t’en fous, tu l’embrasses quand même), tu ne peux pas resserrer tes jambes, non non. Au nord, le bébé prend sa première tétée et vous partagez vos premiers instants magiques en peau à peau, mais au sud tu as un gynéco en train de te recoudre, eh oui. Tu te dis que tu t’en fous, que tu le connais pas, et que des périnées éclatés il en recoud tous les jours. Mais quand tu vois que ton propre mari a du sang sur le nez, tu réalises que lui par contre en a certainement beaucoup trop vu.

Et là enfin, on te remonte dans ta chambre et tu te dis « ouf, cette fois on va enfin me laisser regagner un peu de dignité ». Que Nenni ma grande, pendant tout ton séjour à la mat c’est le défilé des sages femmes qui viendront admirer ta cicatrice d’épisio, tes mamelons crevassés et te demander si tu as des appréhensions à aller à la selle. Et une fois rentrée chez toi, il te faudra déjà songer à prendre des cours de rééducation du périnée et faire la connaissance d’une enième personne qui enfilera un doigtier, cette fois en te demandant de contracter tes muscles autour de ses doigts puis autour d’une sonde aux allures de sex toy reliée à un boîtier électrique.

Glamour – un million.

Donc après avoir vécu tout ça une première fois et m’apprêtant à le refaire une deuxième (à croire qu’on prend goût à cet exhibitio-masochisme), je crois que j’ai officiellement le droit de rire au nez et à la barbe de l’Homme qui est « gêné » parce que notre dermato a entre-écarté l’élastique de ses sous-vêtements pour apercevoir quelques secondes son anatomie à lui, non?

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Avant de partir …

34 comments

  1. Julie says:

    En effet, tu as bien le droit de rire !! Ce n’est qu’une mince revanche !! Par contre, je dois avouer, que tu viens juste d’anéantir les faibles chances qu’il me restait de vouloir un jour avoir un bébé ! (Ok, ce n’était pas à l’ordre du jour non plus, hein, mais tout de même.) C’est décidé, je serai maman quand ce sera le papa qui sera enceinte !

  2. Marilou says:

    Excellent article J’ai bien ri! C’est tout à fait ça. Mais je me rappelle aussi qu’avant de faire un bébé, ça m’angoissait de me mettre à poil, et après, c’est comme ouvrir la bouche chez le dentiste quoi!

  3. mère pas parfaite says:

    Alors d’une : mouahahahahahaahahahahaha ( si, tout ca quand même)
    de deux: pas eu droit à la machine sex toy perinienne (gné? Kékédi?) juste la sage femme ses doigts et son gant « aller madame faite bouger le plafond laaaa, ensuite le plancher pis les murs ensuite on fera la vague » (veridique!)

    • Maman Dinde says:

      les SF ont toujours des images incroyables pour parler de trucs dégueus… imaginez que votre utérus est un soleil, votre vagin une fleur qui déplie ses pétales…

  4. Emma says:

    Suite à mon accouchement et ma petite déchirure de 2 points, l’interne qui m’a recousue (et qui m’avait déjà bien observée sous tous les angles) n’était autre qu’une nana du lycée avec moi en allemand…on s’est reconnues c’est sûr…mais n’avons rien dit! Et c’est clair qu’enceinte (et ensuite), tu montres tes miches, toutes tes miches, et encore je ne fais pas partie de celle qui les dévoile en allaitant…j’ai allaité…mais bien cachée…sinon tu peux avoir belle-maman qui appuie pour faire sortir le lait (expérience vécue…pas par moi ouf!!)…Bref, on va pas plaindre les hommes pour leur visite annuelle chez le dermato!!!

  5. nane says:

    tu as oublié la ma-gni-fi-que chemise de nuit qu’on te donne à l’hôpital que quand tu arrives péniblement à te lever, on voit tes fesses….ou la ma-gni-fi-que culotte en ficelle jetable…

  6. minutedefille says:

    J’adooooore, c’est tout à fait ça !!!!
    Et pour celles que ça panique, je n’ai qu’une chose à dire, rien de tel que d’être un minimum prévenue de ce qui vous attend le jour J (et lors des contrôles avant et après). On se sent très connes quand on arrive pour la rééducation du périnée chez la kiné en tenue de sport (ben oui quoi, je venais faire de la kiné), et qu’on se retrouve avec un espèce de gode entre les jambes… (ah bon je devais me déshabiller ?!)
    ça casse un peu, j’avoue, mais au moins on n’est pas prise au dépourvu. L’accouchement, c’est un peu le Vietnam, c’est un bonheur inimaginable et une explosion de sentiments, mais il y a aussi tous les à-côtés que l’on n’imagine pas. La pudeur n’existe pas ou plus, et je dirai que le plus dur à gérer c’est sans doute de préserver l’Homme et la vision qu’il a de nous en vivant toute cette aventure…

    • Marilou says:

      Et je rajouterai que surtout le jour J, on s’en fout d’être à poil devant 5 personnes, on a mal, on veut que ça sorte, on oublie complètement qu’on a les pattes écartées et le vagin offert à toutes vues.

  7. FoxyMama says:

    Mouahaha, mon homme m’a fait le même cirque, jusqu’à changer de docteur car la remplaçante avait vu son zizi ^^
    Et c’est vrai ça, pourquoi on monte toujours sur la balance du gynéco cul nu?

  8. stephix says:

    ahahahah! qu’est-ce que tu me fais rire!!!
    sinon concernant la rééducation, je ne l’ai pas faite pour ma première, mais je me suis forcée à y aller pour le deuxième. J’ai eu bcp de chances car ma kiné refusait de faire la sonde électrique et m’a fait faire plein de bons exercices de gymnastique, de respiration, etc, que je refais encore de temps en temps quand j’y pense. Très utile, pas invasif, et très respectueux de notre pudeur (oui parce que tout ce que tu dis est si vrai, mais on peut s’épargner la dernière étape, pour celles qui ne seraient pas au courant, il y’a d’autres méthodes!)

  9. adeline says:

    bon, ben, je viens de revivre mes 2 accouchements (sauf qu’on ne m’a jamais proposé de lavement anal et on ne m’a jamais vidé la vessie!!!). en revanche, ayant les 2 fois dépassé le terme, j’ai été auscultée, sur-auscultée et comme je le disais à zhom, mon vagin était devenu un hall de gare 🙂

    pour celles qui ont vu « un heureux évènement », j’adore la scène où, le lendemain de l’accouchement, à la mater, le gynéco fait admirer à une horde d’étudiants en médecine, la belle cicatrisation de l’épisio… et on voit même certains étudiants prendre des photos… j’adore!!!

  10. Suzanne says:

    Ahahah, j’ai bien ri, car c’est tout à fait ça ! Enfin moi j’ai eu une césarienne, mais c’est quif-quif ! Entre la blouse qui laisse le cul à l’air, la pose de la sonde urinaire, et la « petite toilette » qu’on vient nous faire tout le temps où l’on ne peut pas se lever, tandis que la sage-femme vide les pots de pipi parce que la sonde est encore là…

    ^^

    L’autre jour, le copain de ma copine infirmière était tout gêné d’avoir entraperçu un bout de ma cuisse lors d’une piqure. J’ai rigolé en lui disant qu’après le passage par la case grossesse / maternité, on n’avait plus aucune pudeur !

  11. Anne plus aigrie says:

    hahahaha excellent, c’est tout à fait ça.

    Alors que pour le premier, j’ai eu un suivi chez une sage femme, avec 0 TV, là, pour le 2ème, les choses sont plus compliquées, et je viens de faire 4 passages aux urgences, où j’ai écarté les cuisses devant 4 jeunes internes, plutot pas mal, et environ de mon age… ( et j’ai même réussi à faire pipi sur l’un d’eux… merci mon infection urinaire en prime !!!)

  12. sarrousse says:

    Je suis en train d’errer d’article en article sur ton blog et je ris ! Mais je ris !
    Je suis toute jeune maman et c’est tellement décomplexant de lire ce genre d’articles.
    Mille mercis !!!

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