Lettre ouverte à la maîtresse de mon enfant

Chère maîtresse de CP,

Je t’écris cette modeste missive parce que cette année, tu as l’honneur d’avoir parmi tes élèves mon adorable et brillant Petit Chou. En effet, comme tu es au final payée grâce à mes impôts, j’estime être en droit de te traiter comme mon employée, aussi me permettrai-je les quelques remarques suivantes.

Suite à notre furtive rencontre entre deux portes et après m’être longuement renseignée auprès de nombreux experts pédagogues (c’est à dire les autres mamans devant la grille) j’avoue avoir quelques appréhensions quant à ta capacité à effectuer la mission qui t’incombe auprès de ma Merveille cette année.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : tu me parais bien jeune, et c’est bien là tout le coeur de mon inquiétude.

Même si je pense que passé un certain âge, genre 40 ans, tous les enseignants devraient être mis au rebut avec leurs méthodes de dinosaures (comment peuvent-ils encore capter l’attention de nos Trésors avec ce flagrant gap générationnel?), je fus également très préoccupée de voir que l’enseignante de mon fils avait la trentaine. (Je m’excuse d’avance si je t’ai ajouté quelques années. Vous les instits avez toujours les traits plus ou moins tirés à la sortie de classe. Il faut croire que ça fatigue de coller des gommettes.)

Tu vois, ce qui me dérange, c’est que je me dis que tu as certainement toi aussi des enfants en bas âge. Ne tournons pas autour du pot :  vous les fonctionnaires avez l’arrêt facile. Sitôt la goutte au nez (quand c’est pas juste une grosse flemme de se bouger le lard), ça va pleurer chez son médecin qui aligne sans sourciller des semaines entières d’absence. Alors si en plus tu as l’audace de rester à la maison avec ton gamin parait-il « fiévreux », comment va faire Petit Chou qui a révisé sa dictée de mots pour aujourd’hui?

Parce qu’on le sait bien, les remplaçants ne sont qu’une légende urbaine, la faute à tous ces tires-au-flanc qui se mettent en dépression dès le 12 septembre et qui mobilisent cette maigre classe d’instits qui devaient vous sortir le cul des ronces lorsque vous n’arrivez pas à le sortir du plumard.

Tu le vois bien, l’éducation nationale peine déjà à tourner à peu près rond, alors bon, si toi en plus de tes 100 grèves par an tu commences à t’absenter à chaque fois que ton gamin chie mou, comment mon Prince va-t-il pouvoir apprendre quoi que ce soit cette année?

Le pire serait encore que tu débarques un beau matin avec le bidon fièrement tendu en avant. Je te le dis tout de suite : nous claquer un congé maternité cette année dépasserait l’entendement. Toi qui te plains toujours que les classes sont surchargées, ne viens pas empirer le problème en nous pondant un niard de plus.

Cependant, comme je ne voudrais pas passer pour un patron tyrannique, je dois bien avouer qu’en dépit de tous les problèmes sus-mentionnés, je te trouve quand même une qualité. Même si tu as des enfants et un utérus potentiellement capable de procréer, au moins tu es une femme. Manquerait plus qu’ils nous collent un homme! Avec toutes ces histoires de pédophilie dans l’éducation, c’est bientôt pire que chez les curés.

Chère maîtresse, j’espère que tu sauras appliquer ces consignes pour mener à bien les missions qui t’ont été confiées cette année.

Hostilement,

La mère d’élève.

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Le très bon Jack Koch

Cette lettre fut inspirée de propos réellement tenus dans les commentaires d’un même statut facebook lu ce jour même, alors que je me suis traînée au boulot avec fièvre et gorge en feu.

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Avant de partir …

9 comments

  1. Kiara says:

    Ah, les profs, ces feignasses toujours absentes.
    Il manquerait plus qu’elle chope les microbes de nos gosses et qu’elle soit arrêtée à cause d’une grippe ou d’une gastro.

  2. Steph says:

    Pour ma part, instit en cp de mon etat, j’ai ma grande qui a une double conjonctivite avec impossibilité d’ouvrir les yeux depuis hier soir.
    Je n’ai pas pu aller travailler ce matin parce que ma pauvre poupée ne pouvait pas ouvrir les yeux donc…. pas aller à l’école (ni chez la nounou dailleurs).mais cet après midi par pure conscience professionnelle je suis retournée travailler laissant ma petite puce à sa nounou (que je paie soit dit au passage malgré le fait que nous ayons des jours enfants malades….) pour aller apprendre à lire à mes petits loulous de cp….

    Je dois être trop bravé, penses-je ?!?! Maso? Inconsciente ?
    Ouais c’est vrai… t as raison, toi le super parent, pourquoi je suis allee bosser cet apres midi ? j’aurais pu aller bosser ce matin aussi !
    Affectueusement.
    La maîtresse des cp

  3. Violaine says:

    Ah on le saura qu’on est payés avec les impôts… L’année dernière j’ai été arrêtée début février pour ma grossesse, je n’ai pas repris…j’étais tres mal de savoir que je serais mal remplacée , et j’ai repoussé jusqu’à n’en plus pouvoir…je n’ai pas repris ma classe et quand j’ai voulu aller à la fête de l’école pour faire un coucou à mes élèves, on m’a conseillé de ne pas le faire car il y avait des tensions dues aux remplacements. C’est triste d’être absente pour de bonnes choses et de se sentir coupable pour une bonne nouvelle !

  4. Steph _ leana says:

    Quans bien même à partir du moment où on a un arrêt que ce soit pathologique ou pour garder son enfant malade ça reste un droit….

    Si votre banquier est absent un jour de rendez vous pour garder son enfant malade c’est pas bien grave. … on reprend rdv plus tard.
    Mais si nous osons être absent(e)s nous, enseignants…. alors il y a péril en la demeure. Pourquoi ? Parce qu’on a nos vacances ? Nos mercredis après midis ??
    C’est vrai j’avais oublié que tous les parents lambda ont leurs enfants qui tombent malades pendant leurs 5 semaines de congés payés. … que celle qui n’a jamais été absente un jour de toute sa carrière se lève et se fasse connaître (évidemment si ça fait 15 jours qu’on a commence à travailler ça compte pas !)

    Mais c’est évident nous sommes bien plus qu enseignants. … nous faisons aussi garderie !

  5. Théa says:

    Chère Maman fait la dinde,

    Je suis moi même une maîtresse, j’ai 27 ans, j’ai un bébé qui a cinq mois, et j’ai repris cette rentrée le chemin de l’école. Je suis dans une zone difficile, mais qu’importe, j’adore mon métier, j’ai travaillé tout mon congé maternité pour préparer la rentrée, pour préparer ma classe j’ai donné mes soirées et mes week-end. Mes vacances, mon congé mat’, je ne les aies pas vus. Mes soirées, mercredi, week-end, je ne les vois pas. Ma fille, je la vois à peine, je pars à 18h de ma classe pour préparer le lendemain, préparer de la matière pour que les écoliers puissent apprendre correctement.

    Chère Maman fait la dinde, je suis actuellement en arrêt, parce que je n’ai déjà plus de forces avec la rentrée. Je regrette énormément cette situation, mais mon directeur m’a dit de rentrer et de me reposer quand il m’a vue arriver en pleurs la dernière fois, à perdre du poids, des forces, des couleurs, parce que je me donne en entier pour ma classe, et que même ma fille malade je vais travailler. Alors je regrette énormément cette situation, et je sais que les remplacements sont durs à avoir. Mais ce n’est pas ma faute, mais celle de l’Education Nationale.

    Je t’invite à aller un peu travailler dans une classe, mais je veux dire, travailler vraiment, pour te rendre compte de la méchanceté qu’il y a dans ton article.

    Il serait temps que les parents aient un brin de reconnaissance envers les enseignants.

  6. Anne-Laure says:

    Moi je pense surtout que ce texte est justement un pamphlet contre ce genre de parents qui se permettent de tels commentaires….

    Maman fait la dinde, merci pour to second degré….

    signé une prof (certes du secondaire, mais prof quand même!!)

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